Sodium

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Mise en scène et Dramaturgie : Alice Gozlan
Texte : Mélissa Irma et Zacharie Lorent
Création musicale : Nabila Mekkid
Création lumière : Quentin Maudet
Avec : Julia de Reyke, Mélissa Irma, Zacharie Lorent, Thibault Pasquier


CALENDRIER
hiver 2020 / premières résidences de recherche

Novembre : Théâtre Cinéma Paul Éluard – Choisy le roi
Décembre : La Grange Dimière – Théâtre de Fresnes

Sodium a pour point de départ le travail de Forbiden Stories, un collectif de journalistes qui reprend les enquêtes inachevées de journalistes assassiné.e.s ou emprisonné.e.s dans le monde. Il est notamment question de trois industries responsables de crimes socio-environnementaux. La série documentaire Green Blood, qui suit ces différentes affaires, sera une première matière pour amorcer la recherche. Elle tournera autour de la notion de courage et de la possibilité ou non de l’action.
Comme pour Archipel, nous travaillerons à écrire une fiction en plusieurs parties. Nous souhaitons dans un premier temps amorcer la recherche au plateau pour travailler autour des personnages qui peupleront notre histoire. 

Au démarrage de cette aventure, il y a notre envie de parler de la possibilité de l’action. D’aller chercher des gestes, des signes, des mots et des actes qui brisent la continuité d’un quotidien où tout semble se précipiter vers l’abîme.
Nous voulions nous pencher sur des formes d’héroïsme, qui loin d’entretenir l’imaginaire conquérant et guerrier, faisaient la part belle à la préservation de la planète, à l’organisation de nouveaux modes de coexistence, à la sensibilité comme moyen d’émancipation, à la ré historicisation des trajectoires et à la révélation de vérités cachées.
Conscient.e.s de vivre dans un monde fini, nous cherchions à l’intérieur de celui-ci une variété (physique, ontologique, esthétique, poétique) pour faire valoir d’autres formes de richesses. C’est dans cette variété, cette pluralité que nous cherchons de nouvelles formes de récits qui nous ancrent plus fortement dans le monde tout en nous donnant le courage d’agir sur lui.
C’est dans cette recherche que nous avons découvert le travail de l’association de journalistes Freedom Voices Network et du Projet Forbidden Stories. Ce projet alliant une quarantaine de journalistes internationaux a pour objet de reprendre les enquêtes de journalistes menacé.e.s, emprisoné.e.s ou assassiné.e.s partout dans le monde. Il y a eu ici un premier déclic, un attrait pour une forme d’organisation capable d’agir partout dans le monde, un contre pouvoir agissant à plusieurs niveaux. À la fois pour terminer les enquêtes et faire en sorte de maintenir l’accès à une information non censurée, mais aussi pour envoyer un message : attaquez-vous à un seul journaliste et nous viendrons à quarante. Il y avait là un objet fondamental de la lutte : « Vous pouvez tuer le messager, mais vous n’arriverez pas à arrêter le message. »
En approfondissant nos recherches sur le travail de Forbiden Stories, nous avons décidé de mobiliser notre attention sur une partie de leur travail édité sous forme de série documentaire appelé Green Blood. Il est question de trois industries minières (sable, or, nickel) dont l’exploitation par des firmes peu scrupuleuses est à l’origine de crimes socio-environnementaux. Si les documentaires se déroulent dans trois pays qui peuvent nous sembler lointains : l’Inde, la Tanzanie, le Guatemala, les ressources extraites sont bien sûr des matériaux dont nous avons usage (peut être sans le savoir) au quotidien. Là encore, quelque chose nous a interpellé.e.s. Un lien, ou plutôt une rupture, entre les corps transparents des entreprises de la Tech de la Silicone Vallée et les paysages déchirés du Guatemala, entre la ligne pure d’un macbook pro et des corps meurtris et violés en Tanzanie. 
Le travail de ce groupe de journalistes résonnait à la fois avec nos recherches sur la terre limitée, le jardin monde, mais aussi sur la notion d’action, de possibilité de l’action (au sens politique où l’entend Hannah Arendt).
C’est parce qu’il interroge cette notion d’action que nous voulons travailler autour de la figure du journaliste et plus précisément même du lanceur d’alerte (ce que sont ces journalistes assassiné.e.s ou emprisonné.e.s).  Car si les deux fonctions sont parfois réunies dans une même personne, c’est bien la révélation du lanceur d’alerte qui est une véritable action. Ce principe de révélation nous intéresse aussi. Dans cette aventure il y a à la fois le geste de révélation solitaire d’un côté et de l’autre des gestes de soutien, de prolongation, de solidarités. On a deux facettes du courage, le courage individuel et son inscription dans la durée grâce au geste collectif.