Archipel

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Texte : Mélissa Irma et Zacharie Lorent
Mise en scène et Dramaturgie : Alice Gozlan
Avec : Julia de Reyke, Mélissa Irma, Zacharie Lorent, Thibault Pasquier
Création musicale : Nabila Mekkid
Lumières : Quentin Maudet
Son : Nicolas Hadot et Estelle Lembert
Scénographie : Salma Bordes


Calendrier de création
Les 21 et 22 janvier 2020 au Théâtre de Vanves
Du 22 au 26 avril 2020 à La Reine Blanche

Un homme d’une trentaine d’année au volant d’une voiture, sur une route gorgée d’eau. Dans un ultime acte de refus (ou d’abandon) Ulysse décide de décrocher. Ses mains quittent le volant et la voiture fonce maintenant dans le décor. Accident. Coma.Pour rester auprès de son frère, Pauline ne cesse de reporter son départ pour Athènes, où elle devait écrire sa thèse sur le Petit Âge Glaciaire, une catastrophe climatique du IVe siècle. Lors de ses visites à l’hôpital elle rencontre Théo, jeune musicien de dix-neuf ans en quête d’absolu qui rend visite à son grand-père. À partir de cet état d’attente et d’impuissance se crée un lien d’amitié entre la thésarde accro à Buffy contre les vampires et le jeune homme idéaliste, qui lit Ulysse de Joyce parce qu’il trouve ça beau sans pourtant “y comprendre grand chose”. Théo et Pauline côtoient également Cécile, l’infirmière mélancolique en charge d’Ulysse, férue de faits divers morbides.La vie suit son cours pendant six mois, Pauline peine à continuer ses recherches à Paris, Théo multiplie les tentatives musicales et Cécile rompt peu à peu avec sa solitude pour rencontrer les deux jeunes gens. Elle développe par ailleurs une relation belle et étrange avec Ulysse lors des moments de soin. Puis les effondrements se poursuivent. Individuels : le grand-père de Théo meurt et le jeune homme quitte la ville, ou collectifs : un dérèglement climatique plonge progressivement l’Europe dans un froid hivernal, jusqu’à créer une crise majeure. Tous se croisent, se perdent, et amorcent tour à tour un départ, qu’il s’agisse d’une fuite en avant ou d’une tentative d’agir face aux effondrements qui marquent leur existence. Et la question du sens de nos vies – dérisoires, joyeuses, désespérées – apparaît alors à l’horizon. Archipel est le point de jonction de quatre îlots de solitudes qui agissent les uns sur les autres. Quatre manières de s’emparer du monde et de créer ses propres récits intimes ou collectifs. Une utopie, un endroit hors du monde, à soi et à l’autre, qui émergerait au milieu de l’Océan.

Sur le Texte

De nouveaux récits
« La société moderne dans laquelle nous vivons s’est intégralement construite sur des récits. Récits de conquête spatiale, récits de la grande idéologie du progrès etc. Et pour répondre à nos crises, il faut en passer par de nouveaux récits qui nous donne autre chose à penser, à désirer collectivement que les récits dans lesquels nous avons grandi, avec lesquels nous avons construit le monde d’aujourd’hui. » Émilie Hache, philosophe et maîtresse de conférence à L’université Nanterre Paris X.

C’est cette idée de nouveaux récits qui est à l’origine d’Archipel. Tout est parti d’une question : Comment les enjeux du monde actuel viennent-ils transformer notre pratique théâtrale, notre pratique du récit, et comment répondre à ces enjeux ? Nous avons donc commencé la recherche en traçant un panorama de récits qu’il nous tenait à coeur de déconstruire et de réinventer : les récits écologistes, féminins, de réussite personnelle, de conquêtes ou d’héroïsme.

Nous souhaitions trouver une forme de récits qui fasse la part belle à un type d’héroïsme nouveau, peut être celui de la préservation de la planète, de l’organisation collective, ou encore de personnages qui ont eu le courage de renouer avec leur sensibilité pour infléchir la trajectoire que la société désirait pour eux. La question des personnages s’est donc vite retrouvée au centre de notre processus de création. Nous avons cherché à inventer quatre personnages radicalement contemporains, très en lien avec leur environnement, qui tentent tous de s’arracher à leur destinée sociale, à leurs stéréotypes. Nous les voulions très humains.

La catastrophe
Dès le début du travail sur Archipel, que ce soit dans leur travail d’écriture, ou dans les recherches effectuées avec les comédiens au plateau, nous nous sommes rendu compte qu’un type de récit était prédominant, colonisait nos imaginaires de façon très virulente : Le récit de la catastrophe. Le mot « Catastrophe » qui signifie en  grec « bouleversement » et « fin, dénouement », nous semblait un mot et une sensation omniprésente. Presque une promesse. Nous voyons les catastrophes collectives, présentes ou à venir : catastrophe écologique, climatique, économique, politique. Mais aussi intimes : dépression, Burn out, perte d’espoir, sentiment de vacuité. Comme si le monde répondait à l’intime ou l’intime au monde.

Il nous semblait donc évident qu’une réflexion sur la catastrophe s’imposait. Mais nous ne voulions pas nous limiter au triste constat de celle-ci, au contraire ! Nous voulions chercher, à l’intérieur de cette sensation du monde, ce qui nous sauve, ce qui nous permet de continuer à essayer de changer le monde, ce qui nous donne de la joie, de l’énergie et du courage.

Les récits majeurs qui nous ont construit jusqu’à aujourd’hui reposent sur la conquête (spatiale, territoriale, matérielle), or aujourd’hui nous vivons dans un monde fini, il nous faut donc trouver à l’intérieur de celui-ci une variété (physique, ontologique, esthétique, poétique) pour faire valoir une autre forme de richesse. C’est dans cette variété, cette pluralité que nous cherchons de nouvelles formes de récits qui nous ancrent plus fortement dans le monde tout en nous donnant le courage d’agir sur lui.

Soutiens : Théâtre de Rungis, Théâtre de Vanves, Théâtre de Châtillon, Mains d’Œuvres, Théâtre Paris-Villette, Anis Gras Le lieu de l’autre, Le Carreau du Temple, La Cave à théâtre.

Avec le soutien de l’Adami et de la Spedidam.

compagnie de théâtre à Paris, compagnie A point